Inès Longevial, In Your Pocket: KETABI BOURDET - 22, PASSAGE DAUPHINE 75006 PARIS
Ketabi Bourdet a la joie de présenter In Your Pocket, la quatrième exposition d’Inès Longevial à la galerie, construite autour d’une idée simple : celle du tableau de poche.
Ketabi Bourdet a la joie de présenter In Your Pocket, la quatrième exposition d’Inès Longevial à la galerie, construite autour d’une idée simple : celle du tableau de poche. Une peinture suffisamment petite pour tenir dans la main, être manipulée ou emportée avec soi. L’ensemble présenté est le fruit d’un travail au long cours, mené par l’artiste depuis quatre ans, au fil duquel ces petits formats se sont progressivement accumulés dans l’atelier. En réduisant radicalement l’échelle de ses œuvres, l’artiste transforme le rapport physique que nous entretenons avec la peinture : le tableau n’est plus seulement une surface devant laquelle on se tient, mais un objet personnel, presque intime, dont le format rappelle celui du téléphone portable que nous gardons aujourd’hui en permanence à la main.
Sur ces petites toiles apparaissent des visages, mais aussi des fragments : un œil, une bouche, un sein, des pieds... Le corps, omniprésent dans le travail d’Inès Longevial, est ici soumis au cadrage. Il se donne par morceaux, jusqu’à ce que certaines parties du corps deviennent presque abstraites, comme dans Femme 3, où un sexe féminin devient une simple forme abstraite dans un paysage coloré. À ces fragments répondent plusieurs portraits, dans lesquels le visage retrouve momentanément son unité.
Ces fragments proviennent du corps de l’artiste autant que de ceux d’autres personnes et constituent un répertoire de formes et de traits dans lequel elle puise pour fabriquer de nouvelles figures. Inès Longevial ne se contente donc pas de décomposer les visages : elle en construit de nouveaux. Un œil peut être associé à une bouche qui ne lui appartenait pas ; les tableaux se rapprochent, se séparent et s’échangent pour faire apparaître des physionomies hybrides. Ce processus lui permet de dépasser délibérément l’autoportrait, pourtant central dans son œuvre : le « je » devient un matériau parmi d’autres, se mêle à d’autres identités et cesse de constituer l’origine unique du visage. L’exposition devient ainsi une performance : pendant toute sa durée, ces associations seront amenées à changer. Les petits tableaux seront déplacés et recombinés, produisant successivement différents visages, le corps devient tour à tour féminin ou masculin. Aucune composition n’est définitive. Une même peinture peut changer de rôle selon celle qui lui est voisine ; un fragment conserve son autonomie tout en devenant la partie d’un nouvel ensemble.
Cette fabrique du visage entre en résonance avec ce que Gilles Deleuze nomme la « visagéité » : le visage envisagé non comme une donnée naturelle ou stable, mais comme une construction, un système qui produit du sens et peut, à son tour, être défait. Chez Inès Longevial, le visage n’est précisément jamais donné une fois pour toutes. Il apparaît dans l’assemblage, se défait lorsqu’un fragment est déplacé, puis réapparaît autrement. Décomposer le visage devient ainsi moins une manière de le détruire que d’interroger la façon dont il se constitue, et tout ce que nous projetons sur lui pour reconnaître une identité.
Le corps qui en découle fait inévitablement penser à L’Évidence éternelle de René Magritte, qui fragmentait dès 1930 le corps féminin en cinq tableaux distincts. Mais cette fragmentation prend ici une résonance contemporaine. Corps observé, cadré, commenté, désiré, jugé, corrigé : le corps des femmes demeure soumis à une multitude de regards et d’injonctions qui prétendent sans cesse en définir la forme, l’usage ou la représentation.
En choisissant de découper les corps, puis d’en déplacer et d’en recomposer les fragments, Inès Longevial semble retourner ce mécanisme. Est-ce en fragmentant le corps qu’elle contribue à le libérer du regard qui voudrait le fixer? Plutôt que de subir le cadre, elle le construit ; plutôt que de laisser le regard extérieur arrêter une image, elle la rend instable, mobile, impossible à déterminer définitivement. Le corps n’apparaît alors plus comme une totalité à juger ou à contrôler, mais comme un territoire ouvert dont l’artiste peut sans cesse redistribuer les contours.
Cette logique de fragmentation et de recomposition trouve son contrepoint dans Small but giant, un autoportrait de l’artiste allongée, vue d’en haut, entourée de certains des petits tableaux de l’exposition. L’image contient ainsi les images qui, ailleurs, la décomposent. L’œuvre, imposante par sa taille, devient une sorte de matrice : un corps autour duquel gravitent ses détails, ses doubles et ses possibles recompositions. C’est aussi l’artiste au cœur de son atelier, entourée de ses toiles - souvent des autoportraits - comme autant de variations d’elle-même.
In Your Pocket se construit ainsi entre fragment et totalité, mouvement et temps long, comme une cartographie du système qu’est notre visage. Le format réduit de la toile possède l’intimité d’une photographie que l’on aurait autrefois conservée dans un portefeuille, tout en faisant écho aux milliers d’images que nous transportons aujourd’hui sur nos téléphones : visages, corps, détails, souvenirs - toujours dans notre poche.
Chez Inès Longevial, ces images redeviennent des objets. Elles peuvent être déplacées, rassemblées, empilées, cachées. Et parce qu’elles peuvent sans cesse changer de place, un visage n’y est jamais tout à fait figé : il reste une image possible parmi d’autres, comme si cette impossibilité à se fixer était précisément ce qui le rend profondément humain.
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Adam's eye -
Anémone -
Blue feet -
Britney's mouth -
Épines -
Femme 1 -
Femme 2 -
Femme 3 -
Femme 5 -
Freedom -
Grande Amore -
Homme 1 -
Iceberg -
Inès's yellow eye -
Jeanne's mouth -
Lakeith's eye -
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Ludan's eye -
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Mariko's eye -
Maya's eye -
Photobooth library 2025-07-14 -
Photobooth library 2026-04-01 -
Photobooth library 2026-05-15 -
Rosa Mundi -
Sein 1 -
Sein 3 -
Sein 4 -
Yellow feet -
Portrait Violet 2 -
Femme 4

