La Galerie Ketabi Bourdet est heureuse de consacrer une troisième exposition à l’artiste Inès Longevial, dont l’oeuvre a été présentée l’année dernière au Musée des Beaux-Arts d’Agen ainsi qu’à plusieurs reprises à New York (FIAF, Van de Weghe, Journal Gallery).
Ces autoportraits parsemés d’ombres de branches et de feuillages constituent, dans une palette qui semble cette fois privilégier l’aube au coucher de soleil, le coeur de cette exposition. Inspirée par Le Baron perché d’Italo Calvino, conte philosophique autour du jeune Cosimo, 12 ans, qui grimpe dans un arbre et finira par y passer sa vie d’homme, cette série prolonge un état méditatif qui parcourt l’œuvre de l’artiste. Sentiment de solitude, nécessité d’un ancrage dans le monde, questionnement du rôle de l’artiste dans la société s’incarnent dans une poésie du geste, de l’attitude et de la couleur tournant le dos à la narration.
Marquant un retour à l’ornementation végétale caractéristique de ses débuts, ces oeuvres creusent toutefois une esthétique du dépouillement qui s’est substituée, il y a déjà plusieurs années, à l’univers chamarré de ses premiers dessins. Les peaux y sont toujours de fines membranes entre l’intime et le monde qui y imprime ses couleurs mais les arborescences qui les innervent ne répondent plus à une pure liberté du dessin : elles en sont les cicatrices, les veines à vif. Alors que les teintes laiteuses (vert d’eau, jaune beurre, jaune chair de banane, mauve de ciel d’orage, orange brillant), le travail du flou et de la transparence entretiennent une harmonie douce et vaporeuse chère à l’artiste, la question de l’enracinement et de son antagonisme est suggérée à travers ces ramifications de tiges aux allures de courants de vie et solides branches servant parfois d’appui. Le choix de cadrages serrés et décentrés détaillant des parcelles de corps crée une désorientation qui, à l’instar du jeune baron coupé du sol, extrait ces évocations de leur origine terrienne.
Pour l’artiste, il s’agit également d’exprimer un silence qui constitue l’acte de peinture en lui-même et conditionne sa dimension cathartique : être perché dans les arbres, c’est s’abstraire du monde pour mieux le contempler, c’est prendre de la hauteur sur des états d’âme extrêmes, c’est l’épreuve du vide nécessaire à la création. D’ailleurs, Inès Longevial se réfère volontiers à Jonas, l’artiste de la nouvelle éponyme d’Albert Camus qui choisit de se retirer dans les hauteurs symboliques d’une soupente : « Il était difficile de peintre le monde et les hommes et, en même temps, de vivre avec eux. ».
En contrepoint, l’artiste présente plusieurs oeuvres où la figure humaine est pour la première fois absente. De petits ou grands formats verticaux compilent ainsi autour de ces autoportraits une sorte d’abécédaire de la forêt, papillons, fourmis, oiseaux, pommes de pin et donnent matière à une échappée onirique, souvent traduite par un arrêt sur image. L’exposition est aussi l’occasion pour Inès Longevial de révéler son travail préparatoire qui constitue en lui-même un aboutissement. Ainsi, l’ensemble de pastels relève d’une touche beaucoup plus gestuelle et spontanée et témoigne d’essais de lumière, de propositions de poses et de points de vue qui définissent la grammaire de l’artiste. Ce travail rend encore plus palpable ce laboratoire de la couleur qui fait de chaque oeuvre d’Inès Longevial un terrain de sensations, dont la portée émotionnelle est toujours le fruit d’une introspection.
Cédant encore davantage aux vertus de l’intuition, l’artiste renoue avec la tradition surréaliste du « cadavre exquis » et l’exploration fantaisiste de ses premières années dans une série de petits dessins sur serviettes en papier, réalisés tous les matins dans un café en Espagne, sur son lieu de vacances. Les personnages griffonnés à l’encre dans les plus pures règles de l’art (un bout après l’autre en cachant la partie qui a déjà été dessinée) déploient une extravagance rafraichissante et l’on se plait à imaginer des rêves, des symboles, des histoires, des souvenirs d’enfance au milieu de ces figures improbables.
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Inès Longevial, Ciel verdit, 2023 -
Inès Longevial, Rouge Écrasé, 2023 -
Inès Longevial, Pierres de lune, 2023 -
Inès Longevial, La couleur des heures vécues, 2023 -
Inès Longevial, Oiseaux, 2023 -
Inès Longevial, Des roses, 2023 -
Inès Longevial, Chair de banane, 2023 -
Inès Longevial, Chair de plume, 2023 -
Inès Longevial, La femme cachée, 2023 -
Inès Longevial, Des épines, 2023 -
Inès Longevial, Orage orange, 2023 -
Inès Longevial, Pigne de pin, 2023 -
Inès Longevial, Fourmi, 2023 -
Inès Longevial, Les Oiseaux, 2023 -
Inès Longevial, L’escargot anonyme , 2023 -
Inès Longevial, Pas fait pour un seul moi 3, 2023 -
Inès Longevial, Pas fait pour un seul moi 1, 2023 -
Inès Longevial, Pas fait pour un seul moi 2, 2023 -
Inès Longevial, Untitled, 2023 -
Inès Longevial, Cadavre exquis 1, 2023 -
Inès Longevial, Cadavre exquis 10, 2023 -
Inès Longevial, Cadavre exquis 11, 2023 -
Inès Longevial, Cadavre exquis 12, 2023 -
Inès Longevial, Cadavre exquis 13, 2023 -
Inès Longevial, Cadavre exquis 14, 2023 -
Inès Longevial, Cadavre exquis 15, 2023 -
Inès Longevial, Cadavre exquis 16, 2023 -
Inès Longevial, Cadavre exquis 17, 2023 -
Inès Longevial, Cadavre exquis 18, 2023 -
Inès Longevial, Cadavre exquis 19, 2023 -
Inès Longevial, Cadavre exquis 2, 2023 -
Inès Longevial, Cadavre exquis 20, 2023 -
Inès Longevial, Cadavre exquis 21, 2023 -
Inès Longevial, Cadavre exquis 3, 2023 -
Inès Longevial, Cadavre exquis 4, 2023 -
Inès Longevial, Cadavre exquis 5, 2023 -
Inès Longevial, Cadavre exquis 6, 2023 -
Inès Longevial, Cadavre exquis 7, 2023 -
Inès Longevial, Cadavre exquis 8, 2023 -
Inès Longevial, Cadavre exquis 9, 2023
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« Perchée » : le solo show d’Inès Longevial à la galerie Ketabi Bourdet
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