Drapé: Ketabi Bourdet - 22, passage Dauphine, 75006 Paris
Pauline d'Andigné, François Bauchet, Christo, Leonor Fini, Yanma Fofana, Kristian Gavoille, Alexandre Gourçon, Audrey Guttman, Martin Kersels, Gustav Klimt, Milan Kunc, Shiro Kuramata, Marc Leschelier, Inès Longevial, Ingo Maurer, Gaetano Pesce, Elizabeth de Portzamparc, Danis Santachiara, Dorothée Selz, Ara Starck, Philippe Starck, Kazuhide Takahama, Tom Vack
C’est cela que convoque Kazhuide Takahama, formé au Japon et arrivé en Italie à la fin des années 1950, lorsqu’il dessine, pour Gavina, le canapé Mantilla (1973). Un meuble ready-made, tel qu’il serait retrouvé dans une maison de vacances, fermée durant de long mois. Takahama souligne, par un drapé, la nudité du design et son caractère générique dont l’originalité formelle ne tient qu’aux ondulations aléatoires du tissu.
Ce geste annonce dans les années 1980 et particulièrement en France l’arrivée d’un design simple, inspiré d’une volonté démocratique.
Philippe Starck saisira la balle au bond en dessinant le fauteuil Dr Bloodmoney en 1978. Cet écho déstructuré à la collection bourgeoise et rigide « CAB » de l’italien Mario Bellini, marquera l’arrivée dans le vocabulaire du créateur du drapé, du plissé et autres effets d’étoffe. Il signera en 1992 la magistrale table Illusion pour l’éditeur italien FIAM, objet à la fois subtil et fort, minimal et poétique. On y voit, fixé dans le verre, le fantôme de Kuramata, l’esprit d’un Pesce et un goût pour le drapé dont le couloir d’entrée de l’Hôtel Delano à Miami, ouvert en 1995, signera le paroxysme. Chez Starck, le virus est si résistant qu’il se transmet par filiation : la jeune artiste Ara Starck adopte le motif et l’étend sur l’ample surface du plafond du restaurant de l’Hôtel Meurice en 2008. Depuis cette œuvre manifeste, l’artiste fera de ces kaléidoscopes textiles sa signature, en digne héritière de son père et lointaine admiratrice de José Maria Sert.
À l’opposé, lorsque l’architecte Marc Leschelier drape d’un textile de ciment ses structures métalliques, le dénuement se double d’une dimension dramatique. L’épais textile gris décrit des volutes figées qui plombent vers le sol, figurant un désespoir post-apocalyptique et qui font de Leschelier l’architecte et sculpteur des ruines futures, comme Hubert Robert, fut, en son temps, le peintre des ruines passées.
Le signe avant-coureur de cette bascule sera fourni par la façade, textile, imaginée par le jeune Rem Koolhaas (36 ans à l’époque) de son pavillon installé le long de « Strada Novissima », Grand-Rue de l’esthétique post moderne révélée à la Biennale d’architecture de Venise de 1980. Contrairement à ses voisins qui rivalisent de colonnes et chapiteaux en couleur de gelati, la façade de Koolhaas est un drap tendu, dont un coin, plié, sert d’entrée au pavillon. Il le reconnaitra : le recours à ce simple drap qui ondule est l’affirmation de sa volonté de ne pas participer à la surenchère esthétique alentours, mais plutôt de proposer une non-façade voire une anti façade. Le drapé revient alors dans l’imagination de Takahama. Cette fois, en dessinant la lampe Nefer en 1986 pour l’italien Sirrah, le drapé vient chapeauter une solide structure de colonnes de laiton doré, plantés dans un socle de marbre. Le drapé n’est plus seul et mou, il se conjugue à la rigueur d’une structure architecturale et ouvre une nouvelle époque. On trouve cette même articulation dans la chaise Liliploom de François Bauchet dont l’assise de résine courbée qui semble onduler sous l’effet du vent est solidement arrimée à une armature croisée de métal gris. Bauchet ouvre avec cette chaise de 1985, un nouvel imaginaire pour le drapé : celui du mouvement. Kristian Gavoille pense certainement à la robe de Marylin gonflée par l’aération du métro quand il dessine la table Divine et son pied en jupon. Denis Santachiara fait flotter un étendard bleu propulsé par un Mistralmécanique et Elizabeth de Portzamparc imagine une vague de MDF laqué qui ondule en flanc de mur. Quant à Gaetano Pesce, il offre en 1995 avec sa lampe Rag, l’une des premières expérimentations de Fish Design avec le matériau qui deviendra sa signature, la résine libèrant le fantôme de Kuramata et lui donne des couleurs.
Chez Christo, le drapé est contraint par des cordes qui dessinent par leur tension un faisceau de plis qui deviennent le motif prévalent de l’œuvre. En regardant une œuvre de Christo, que voit-on sinon des plis, des liens et le rythme que ces deux éléments conjuguent avec l’objet (ou le monument comme dans l’empaquetage du musée d’art contemporain de Chicago de 1969) ?
Si le drapé est libre, il devient plissé lorsqu’il est contraint, ceint, tendu. C’est le centre du travail d’Alexandre Gourçon qui ordonne le plissé autour de failles textiles qui semblent, telles des commissures, sur le point de se rompre. Le fait que cette tension palpable puise son inspiration dans l’histoire de la mode nous ramène à l’origine du drapé dans l’art : celle de la représentation d’un costume. Et ce sont justement les peintres d’aujourd’hui, qui, revenus à la figuration, conjuguent le drapé avec dextérité. Chez Inès Longevial (avec la couleur des heures vécues, 2023), le drapé bien que nimbé des couleurs solarisées qui font la singularité de sa palette, sait cacher l’impudeur tout en révélant l’anatomie du modèle. Un paradoxe qui résume bien l’utilité du drapé, qui cache autant qu’il révèle, qui dénude autant qu’il habille.
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Yanma Fofana, Papa à l'école, 2023 -
Philippe Starck, Table illusion, Ca. 1992 -
Shiro Kuramata, Lampe Ghost, Ca. 1972 -
Marc Leschelier, Wall panel , 2023 -
Gaetano Pesce, Lampe Rag, Ca. 1995 -
Prazin -
Philippe Starck, Miroir Paramount IV, Ca. 1992 -
Ghost -
Audrey Guttman, La vie dans les plis, 2024 -
worksite light -
Alexandre Gourçon, Au temps de sa splendeur, 2023

