Guy De Rougement, LA LIGNE SERPENTINE: KETABI BOURDET - 22, PASSAGE DAUPHINE 75006 PARIS
La galerie Ketabi Bourdet a l'honneur d'annoncer La ligne Serpentine, sa deuxième exposition consacrée à Guy de Rougemont (1935-2021).
Après Guy de Rougemont, peintre avant tout en octobre 2024, qui proposait une rétrospective de la production peinte de l'artiste des années 1965 aux années 2000, cette nouvelle exposition, entre peinture et sculpture, met en lumière les œuvres de la série des Serpentines. Réalisées dans les années 2000, elles marquent un moment où la ligne et la couleur accèdent à une liberté renouvelée.
Un baroquisme retrouvé
La ligne serpentine apparaît tardivement dans l'œuvre de Rougemont, comme un retour aux inspirations curvilignes premières, autant que comme un accomplissement. Elle marque l'aboutissement d'un long cheminement à travers les différents états de la couleur, après plusieurs décennies de rigueur géométrique et de construction méthodique de l'espace. À la fin des des années 1990, cette ligne ondulante s'impose progressivement, venant assouplir les trames, infléchir les surfaces et libérer le geste, sans jamais rompre avec les recherches antérieures de l'artiste. Après l'ellipse, le cylindre, la surface tramée et les dé-tramés des années 1990, la serpentine ouvre un champ nouveau. À son contact, la couleur, jusque-là traitée en aplats francs, se nuance, se complexifie, se met à respirer. Ombre et lumière cessent de s'opposer frontalementpour dialoguer dans un mouvement continu, presque organique. La courbe devient le lieu d'une réconciliation profonde, entre la pensée et le sensible, entre la construction intellectuelle et l'intuition picturale, entre la rigueur et le plaisir de peindre. « Selon des enlacements lents ou rapides, ascendants ou faisant retour sur eux-mêmes, la ligne serpentine trouve sa couleur dans le mouvement de la lumière réelle, pour la perdre dans l'immobilité de la lumière figurée. Ces deux temps, ces deux états, sont les métaphores de l'esprit : entre l'agitation du monde extérieur et le recueillement de la méditation », souligne Rougemont.
Cette ligne serpentine est mouvement, tension interne, énergie vitale. Elle engage le regard dans une expérience mobile, sans point de vue unique, obligeant l'œil à suivre ses sinuosités, à circuler dans l'espace du tableau ou autour de la sculpture. Héritière de la linea serpentinata théorisée par les maîtres maniéristes italiens du XVIe siècle, Pontormo, Bronzino, Parmigianino, elle en partage la complexité et l'instabilité féconde, tout en s'en détachant résolument.
D'une serpentine à l'autre
L'apparition de la ligne serpentine se fait de manière progressive et nuancée. Entre 1999 et 2002, elle demeure fine, souple, en dialogue étroit avec les larges aplats colorés qui caractérisent les dé-tramés, et avec les « coups de lumière » développés dès les années 1980, qui traduisent une grande maîtrise des jeux de transparences et de translucidité développée par l'artiste. La ligne agit comme lien de passage, gracile et fluide, s'inscrivant dans un espace encore structuré, parfois segmenté, où elle se glisse, se superpose ou vient contredire la trame, sans l'abolir.
À partir de 2003, la serpentine s'affirme pleinement. Elle s'épaissit, devient plus ample, plus voluptueuse, investissant la surface avec une assurance nouvelle. Cette évolution n'est pas une rupture, mais un élargissement : la ligne conserve la mémoire des trames, renouant notamment avec les « lumières » des années 1980. La couleur, dense, capte et redistribue le flux lumineux, tandis que la courbe, désormais souveraine, organise la circulation du regard. Ces échos constants des formes soulignent la continuité profonde du langage plastique de Rougemont, fondé sur la variation et la transformation, plutôt que sur la succession de styles.
Usage tardif mais décisif, la ligne serpentine apparaît aujourd'hui comme la forme la plus juste pour exprimer ce qui traverse toute l'œuvre de Rougemont : une peinture de la durée, du mouvement et de la vie. « La ligne serpentine donne à s'exprimer les fantasmes de chacun : tourbillons de l'eau d'un torrent, volutes des nuages; plis d'une étoffe soyeuse, pampres de la vigne… La ligne serpentine est une ligne de vie, d'aventures », note Rougemont. À l'aube du nouveau siècle, l'artiste signait son retour à ses aspirations premières, là où l'abstraction, affranchie de toute contrainte, rejoint pleinement le vivant.
Julie Goy
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Untitled -
Guy de Rougemont, Grande lumière, 2001 -
Guy de Rougemont, Sans titre (Serpentine), 2004 -
Linea serpentinata -
Guy de Rougemont, Sans titre, 2002 -
Guy de Rougemont, Sans titre, 2002 -
Guy de Rougemont, Sans titre, 2002 -
Guy de Rougemont, Sans titre, 2004 -
Guy de Rougemont, Sans titre, 2006 -
Guy de Rougemont, Sans titre, 2001 -
Guy de Rougemont, Sans titre, 2006 -
Sans titre -
Guy de Rougemont, Sans titre, 2006 -
Guy de Rougemont, Sans titre (Serpentine) , 2004

