Richard Texier, Cosmographies 1987-2006: KETABI BOURDET - 22, PASSAGE DAUPHINE 75006 PARIS
Ketabi Bourdet a la joie d’annoncer Cosmographies, première exposition de l’artiste français Richard Texier à la galerie.
Depuis la fin des années 1970, Richard Texier développe une œuvre singulière dans laquelle peinture et sculpture deviennent les vecteurs d’une cosmographie personnelle — une tentative de cartographier les forces invisibles qui relient l’homme, la nature et l’univers. Pour sa première exposition consacrée à l’artiste, la galerie présente un ensemble d’œuvres réalisées entre 1987 et 2006, période essentielle au cours de laquelle Richard Texier élabore un langage plastique à la croisée de la cosmographie, du signe et d’une abstraction traversée de figures totémiques.
Né en 1955, Richard Texier appartient à cette génération d’artistes qui, à partir des années 1980, renouvelle profondément la peinture française en réintroduisant dans l’abstraction une dimension narrative. Formé à l’architecture puis docteur en arts plastiques à la Sorbonne, il développe très tôt une pratique transdisciplinaire mêlant peinture, sculpture, écriture et réflexion scientifique. Son œuvre s’organise autour d’une interrogation constante sur les forces qui structurent le monde — la nature, les phénomènes physiques, l’espace — qu’il transpose dans un vocabulaire de signes, de formes hybrides et de trajectoires. Comme il l’écrit lui-même :
« Dès le début de mon travail, je sentis un besoin irrépressible d’évoquer la puissance de la nature. »
Le titre de l’exposition, Cosmographies, renvoie à la dimension cosmique de ces œuvres. Chez Texier, la peinture agit comme un message adressé au monde : un geste qui cherche à capter et à inscrire dans la matière les énergies invisibles qui traversent le réel. L’artiste affirme ainsi : « La couleur n’existe pas pour moi, seule la matière colorée par l’énergie compte. » Ses toiles fonctionnent comme des cartographies imaginaires où apparaissent constellations, paysages mentaux et figures de signes volontairement détachées de toute dimension symbolique.
Les œuvres de la fin des années 1980 témoignent déjà de cette liberté matérielle et iconographique. Sans titre (1987), grande toile assemblant peinture à l’huile, collage de pièces métalliques et sable, révèle un espace pictural traversé de signes et de formes suspendues, faisant allusion à la mutation des matières. Cette recherche se prolonge dans des œuvres du début des années 1990 comme Sans titre (1990), où l’espace de la toile devient un territoire mental structuré par des formes flottantes.
Au début des années 1990, la peinture de Texier se déploie dans un dialogue constant entre microcosme et macrocosme. Dans L’enclos de la semeuse (1993), la surface picturale se transforme en champ fertile où apparaissent graines, trajectoires et signes évoquant les cycles naturels et les forces élémentaires. Ces signes, souvent proches de l’écriture ou de la notation scientifique, participent d’un vocabulaire ouvert que l’artiste refuse de fixer : « Des brassées de signes, de lettres et de chiffres suivirent. Aucun n’a valeur de symbole. Ils évoquent le chaos, le brouillage de sens, le déséquilibre qui règne autour de nous. »
Deux sculptures occupent également une place centrale dans l’exposition et donnent à voir comment Richard Texier transpose dans l’espace les lignes de force qui traversent sa peinture. Attacher le sens (1992), juxtaposition d’une flèche en acier et d’une corde en chanvre, apparaît comme une forme ancrée, liée à l’océan, dont la puissance et l’infini ont toujours nourri l’artiste. La tension entre la rigidité du métal et la souplesse de la fibre naturelle crée une figure presque rituelle, comme un signe dressé dans l’espace, où l’artiste semble chercher à relier matière, pensée et monde.
Face à elle, La double aiguille de l’arpenteur (1992), longue sculpture en bronze et bois clouté d’éléments en acier, évoque un instrument de mesure imaginaire. Par sa forme étirée et ses lignes tendues, l’œuvre suggère l’idée d’orientation et de trajectoire, comme si elle dessinait dans l’espace les coordonnées invisibles d’un territoire cosmique. Chez Texier, ces sculptures ne constituent pas un simple prolongement de la peinture : elles en matérialisent les principes fondamentaux — axes, lignes de tension et points d’équilibre — et donnent corps à la cosmographie personnelle qui traverse l’ensemble de son œuvre.
Au milieu des années 1990, la peinture gagne en densité matérielle et en ampleur. Dans Version pour l’horizon (1996), vaste huile sur toile réalisée à l’île de Ré où l’artiste possède un atelier, la ligne d’horizon devient un axe structurant qui organise l’espace du tableau comme un paysage cosmique.
Les œuvres de la fin des années 1990, telles que Nos Chemins (1998) et Les Mystères du Château (1998), développent une iconographie plus architecturée, où se mêlent structures mentales, figures et fragments de paysages imaginaires.
Cette dimension archaïque et mythologique se prolonge dans la sculpture avec Totem (2000), bronze unique à patine sombre dont la verticalité rappelle les figures rituelles ou les objets cérémoniels qui traversent l’imaginaire de l’artiste.
Réalisé en 2006, Hysme des deux mondes, grand diptyque à l’huile sur toile, déploie un univers pictural d’une grande amplitude où dialoguent forces naturelles, signes et formes élastogéniques. Cette œuvre majeure condense les recherches menées par Texier depuis les années 1980 : penser la peinture comme une cartographie poétique du monde, un espace où se rencontrent science, mythologie et imagination. Comme l’écrit l’artiste : « L’instabilité permanente est un principe entropique qui parvient à s’équilibrer sur un tableau. La peinture possède le merveilleux pouvoir d’affirmer un nouvel ordre du monde et de célébrer la vie. »
L’œuvre de Richard Texier a fait l’objet de nombreuses expositions en France et à l’international, notamment au Musée national de Taïwan, à la Manufacture des Œillets à Ivry, à la Villa Noailles à Hyères, ainsi qu’au Musée national de la Marine à Paris, qui lui consacra une importante présentation à la fin des années 1990. L’État français lui a également commandé une série de tapisseries monumentales autour de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen, présentées notamment à l’Opéra Bastille, à l’Assemblée nationale, au Parlement européen et au musée du Luxembourg.
À travers cet ensemble de peintures et de sculptures, Cosmographies (1987–2006) met en lumière une période fondamentale dans le parcours de Richard Texier. L’artiste y affirme une vision singulière : celle d’une création intellectuelle et plastique qui ne cherche pas seulement à représenter le monde, mais à en révéler et cartographier les forces profondes.
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Hysme des deux mondes -
Sans titre -
Attacher le sens -
Richard Texier (b. 1955), Episod - 1990, Ca. 1990 -
L'enclos de la semeuse -
La course du secret -
Les Mystères du Château -
Nos chemins -
Richard Texier (b. 1955), Route et instrument, 1994 -
Richard Texier (b. 1955), Sans titre, 1992 -
Sans titre -
Totem -
Richard Texier (b. 1955), Version pour l'horizon, 1996 -
Richard Texier (b. 1955), Les 7 Jours du Désir, 1999 -
Richard Texier (b. 1955), Diagonale d'éclipse, 1996 -
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